14 septembre 2016

J.K. Rowling - Une place à prendre


    Une seule conclusion s'est imposée à mon esprit après la toute dernière page de ce roman frappant: J.K. Rowling aime nous raconter des histoires de chaos. De mauvais génies détruisant des vies. De systèmes qui s'effondrent. Dans cette production qualifiée de satire sociale - et des plus féroces -, pas besoin de mage noir pour faire s'écrouler un monde : les moldus de la petite ville de Pagford s'en sortent très bien.





Genre : Fiction, Drame
Titre original : The casual vacancy
790 pages
Parution : 2012
pour la version française : septembre 2012
Traduction : Pierre Demarty
Edition : Le Livre de poche



  
Bienvenue à Pagford, petite bourgade en apparence idyllique. Un notable meurt. Sa place est à prendre...

    Perdue dans l'univers de Harry Potter depuis l'enfance, je n'ai prêté que peu d'attention à ce roman lors de sa sortie : il présentait pour moi comme seul intérêt d'avoir été écrit par J.K. Rowling. Le talent notoire de cette auteure n'avait cependant pas réussi à me convaincre de me lancer dans un autre de ses écrits, d'autant plus que je voyais ce petit nouveau comme un signe très clair que l'aventure Harry Potter était terminée - puisque Rowling elle-même était passée à autre chose. 
    Résultat, je l'avais quasiment oublié quand il m'a sauté aux yeux depuis un rayonnage d'une célèbre librairie dont je tairai le nom. Et puisqu'il était là, j'ai décidé, bien que sans réelle conviction, de le prendre avec moi.
     Je l'ai dévoré en trois jours. 
    Trois jours, quand on vient de reprendre la fac, c'est un joli score, qui vous donne une idée d'à quel point je me suis laissée harponner - bien plus vite et facilement que je ne l'aurai cru d'une oeuvre qui n'avait pas la moindre ambition de nous emporter dans un univers fantastique. Je m'attendais à regretter ce cher Poudlard, mais une fois la rupture (totale) avec la série qui aura marqué l'imaginaire du monde entier acceptée, les pages se tournent frénétiquement. 
     J'ai été agréablement surprise de voir l'auteure si féroce, quand bien même elle nous avait déjà donné un savoureux aperçu de son mordant avec la consciencieuse Rita Skeeter, la vénérable famille Malefoy, ou encore les ministres de la magie si dévoués et impartiaux. Le roman offre ici un joli bestiaire de personnages plus ou moins torturés, avec des qualités (pour certains) et des défauts (pour les autres). Dans l'ensemble, il semblerait que Barry Fairbrother ait choisi le bon moment pour quitter la scène de cette tragédie parfois grotesque que jouent les habitants de Pagford : Shirley Mollison, pétrie de jalousie, s'accrochant désespérément à son image de première dame du village ; sa belle-fille Samantha, quadragénaire aigrie s'abaissant à fantasmer sur le leader d'un boys band ; Simon Price, médiocre dans le rôle de mari et père de famille ; Stuart "Fats" Wall, qui noie son ennui dans la cruauté et les joints... Tout devient prétexte à la critique sociale, des notables de la petite ville plus orgueilleux que des rois aux habitants de la cité Les Champs, à l'origine du conflit. Contrairement à Poudlard, Pagford ne regorge pas de personnages attachants... On ne pourra se consoler de tous ces odieux caractères qu'avec Sukhvinder Jawanda, le vilain petit canard et jouet préféré de Fats, Kay, l'assistante sociale engagée, ou encore Mary Fairbrother, la veuve. Et puis il y a tous ces entre-deux, ces personnages qu'on croit détester au début, jusqu'à ce qu'ils nous émeuvent aux larmes - littéralement parlant, pour moi. 


    Attendez-vous à être un peu déconcertés par le style d'écriture de J.K. Rowling : elle a semble-t-il pris conscience que son lectorat n'est plus majoritairement constitué d'enfants et jeunes adolescents - soit que ceux-ci aient grandi, soit qu'ils soient parvenus à embarquer les plus grands dans l'univers de cette auteure. Le résultat est là : le vocabulaire comme les scènes sont crues. Rowling nous livre sans concession des moments de la vie de Pagford, presque à la mode naturaliste... 

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