21 septembre 2015

2001 : L'Odyssée de l'espace


   Dans la série des grands classiques que j'ai trop tardé à lire, je vous présente ce bijou d'Arthur C. Clarke, qui ouvre la tétralogie de l'Odyssée de l'espace. Bien que publié quelques temps après la sortie du film co-écrit avec Stanley Kubrick, il a été créé en parallèle. Si à l'origine, l'histoire s'inspire de plusieurs nouvelles d'Arthur Clarke, en particulier La Sentinelle (1951), Stanley Kubrick a bien apporté sa touche personnelle au film, dont le scénario diffère un peu de celui du roman. Le film étant à juste titre considéré comme un classique de la science-fiction et ayant remporté pas moins de neuf récompenses, faisant écho au prix Nebula attribué au roman, je n'ai pas pu résister à l'envie de lui consacrer une grande partie de cet article.

Résumé de l'éditeur : 

Le vaisseau Explorateur 1 fait route vers Saturne. à son bord, deux astronautes et le plus puissant ordinateur jamais conçu. Cinq ans plus tôt, un étrange monolithe noir a été découvert sur la Lune. La première preuve d'une existence extraterrestre. Et bien longtemps auparavant, à l'aube de l'humanité, un objet similaire s'était posé sur Terre et avait parlé aux premiers hommes. On détecte un nouveau signe de cette présence aux abords de Saturne. Que sont ces mystérieuses sentinelles? Quel message viennent-elles délivrer?
En 2001, l'humanité a rendez-vous avec son destin.

Titre original : 2001 : A space odyssey
Année de parution : 1968
189 pages


    Mon avis : L'Odyssée de l'espace est tout autant que le film un chef d'oeuvre, qui nous fait très vite regretter la rapidité avec laquelle ce roman se dévore. Si je n'avais pas gardé un souvenir parfait du film en raison du fait que j'avais réellement l'impression que des choses essentielles m'avaient échappées - je reviendrai là-dessus plus tard - le roman m'a au contraire paru limpide. La forme narrative convient parfaitement pour cette histoire, dont certains passages m'ont paru bien plus clairs une fois explicités par le texte que sous forme de scènes rythmées par la Zarathoustra (ici) ou le Danube Bleu ().
   Le roman est-il pour autant une version du film "pour les nuls"? C'est ce que je n'ai pas pu m'empêcher de penser au début, en particulier en ce qui concerne la première partie, La nuit ancestrale. Le fait est que si ma compréhension du film a été améliorée par la lecture du roman, j'ai réalisé que certaines transitions étaient plus claires dans la version cinématographique. Par exemple, le passage direct de la scène dans laquelle l'un des premiers hommes - nommé Guetteur de Lune dans le roman, personnage principal de la première partie - détruit la carcasse à coup d'os/de massue à la scène de présentation de la station spatiale montre plus clairement encore que le roman que les actions des ancêtres de l'humanité, guidées par le premier monolithe, ont conduit à son évolution puis à la conquête spatiale. Cependant, la première partie du roman détaille bien plus que sa version filmée les déboires des premiers hommes et l'impact du monolithe sur leurs comportements. Par ailleurs, le fait de s'intéresser en particulier à l'un d'entre eux et de lui donner un nom - notre fameux Guetteur de lune - les humanise plus que ce que montre le film. De plus, dans 2001 comme dans les trois suites, certains aspects détaillés ajoutent une complexité supplémentaire à l'histoire. J'aurais donc bien du mal à dire que le film ou le roman est plus simpliste que l'autre - ils ont chacun leur propre manière de nous raconter l'histoire. 

  Le découpage des 189 pages en six parties augmente l'impression de fluidité de la lecture, les chapitres s'enchaînant à toute vitesse, chacun se terminant sur un petit cliffhanger qui donne systématiquement envie de connaître la suite... Par ailleurs, L'Odyssée de l'espace est un roman qui a très bien vieilli, ce que ne laissent pas envisager à première vue les détails scientifiques rigoureux, l'inscrivant brillamment dans le genre de la hard science. (En faisant peut-être même un des pionniers?). Arthur C. Clarke nous fait cadeau de son immense culture, glanée en grande partie grâce à son travail pour l'Académie Astronautique. Les multiples allusions et détails aux dernières recherches des années 60/70 en matière de propulsion de vaisseaux spatiaux par exemple sont réellement un régal, de même que certaines références culturelles bienvenues, à Moby Dick notamment. Clarke a su faire des liens très pertinents entre son roman et les avancées de l'époque, montrant même comment certains passages du roman et du film... ont influencé la réalité! Par ailleurs, dans le film, les prises "à l'extérieur" des vaisseaux sont totalement silencieuses, y compris lors des manœuvres élaborées. Cela non seulement correspond totalement à la réalité mais renforce la crédibilité du tout, même si les scènes spectaculaires de combat à coups de rayons lasers bruyants sont toujours grandement appréciées. Quoiqu'il en soit, ce soin minutieux apporté au détails m'a rappelé l'excellent Interstellar de Christopher Nolan, que je vous invite vraiment à voir si vous cherchez un peu de renouveau en SF.
    En ce qui concerne les personnages, je n'ai pas pour habitude de dire cela, mais les versions papiers m'ont paru totalement en adéquation avec leurs doubles que j'avais rencontrés à l'écran. Et oui, d'habitude, c'est plutôt l'inverse, et j'ai une forte tendance à râler parce que les acteurs ne correspondent pas à la vision que j'avais des personnages. Et n'oublions surtout pas Carl, le Cerveau Analytique de Recherche et de Liaison (appelé "Hal" en anglais, nom qui sera repris dans les romans suivants). Si son personnage est inquiétant dans le livre, sa présence sous forme de gros œil rouge dans le film est totalement angoissante. Sa présence omniprésente accentue l'effet d'enfermement des deux astronautes "principaux", Frank Poole et David Bowman, et le simple fait qu'il se manifeste un peu moins que dans le roman le rend bien plus ambigu. Sa voix froide, mécanique, notamment, parvenait mieux que dans le livre à nous rappeler qu'il n'est à l'origine pas un être humain.

   Pour revenir à l'ambiance générale de l'oeuvre, le roman m'avait fait oublier à quel point j'avais trouvé le film angoissant, notamment avec le chœur de voix accompagnant les moments où les monolithes exercent leur influence (vous pouvez l'entendre ici, mais je vous le déconseille fortement). J'ai réellement eu l'impression d'entendre une chorale de fantôme bien remontés. Je vous rassure, je n'ai jamais rien rencontré de tel, mais mon imagination trop fertile m'a dicté cette comparaison et je n'ai rien trouvé de plus approprié!  Par ailleurs, j'ai trouvé les tensions entre Russes et Américains plus mises en avant dans le film, alors qu'elles disparaissent presque dans le roman, ce qui m'a paru être un bon point. Pour évoquer un peu les livres suivants, la collaboration internationale est une valeur très défendue par les personnages et l'auteur. Cela tombe parfaitement car pour moi, c'est une valeur qui devrait être fondamentale en science.

    On va s'arrêter là, je m'aperçois que l'article est un peu plus long que ce que j'ai l'habitude de vous écrire, mais je pourrai réellement disserter des heures sur cette oeuvre. Ne vous réjouissez pas trop vite, trois autres articles sur les suites vous attendent, mais comme il ne s'agit que des romans, ils devraient être plus succincts ; )
    Je n'ai pas besoin de vous redire à quel point 2001 : l'Odyssée de l'espace est un grand classique de la SF, que je vous encourage à lire et à voir si ce n'est pas déjà fait! Si c'est le cas, vous pouvez également vous régaler avec ceci :

2010 : l'Odyssée deux
2061 : Odyssée trois
3001 : l'Odyssée finale

mais également avec L'Odyssée du temps, co-écrite avec Stephen Baxter s'il vous plaît. 
     

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