31 juillet 2013

L'âge d'or de la science-fiction française

   

   Chasseurs de chimères est une anthologie de Serge Lehman présente dans la collection Omnibus qui rassemble onze textes fondateurs de la science-fiction française, écrits entre 1857 et 1953. Certaines nouvelles vont vous paraître étranges tant elles diffèrent des vaisseaux très perfectionnés ou des extraterrestres en combinaisons futuristes que l'on retrouve habituellement dans la science-fiction, mais la découverte vaut le coup. Il faut garder à l'esprit qu'à l'époque, la vison de ce à quoi pouvait ressembler le futur n'était pas la même puisque les avancées technologiques ne laissaient pas présager les mêmes choses... C'est une sorte de témoignage, étant donné que les écrivains sont le produit d'une société.
     Serge Lehman veut avant tout, avec ce recueil, rappeler que la science-fiction française n'est pas issue de la science-fiction américaine, qui a pris un essor considérable avec la parution de nouvelles dans plusieurs revues consacrées à la découvertes d'auteurs, mais qu'elle est bel et bien l'initiatrice du genre. (Vous gagnez tout mon respect si vous arrivez à comprendre mes phrases.)
    Les récits sont présentés dans l'ordre chronologique, ce qui permet d'avoir une idée de l'évolution de la science-fiction. On commence donc avec les Xipéhuz (J.H. Rosny-Aîné), des extraterrestres en forme de cônes débarquant sur terre pour ... déclencher une guerre. Apparemment, certains thèmes étaient déjà fréquents chez les auteurs de l'époque. J'ai horreur de cette idée, qui pour moi se traduit par le fait que l'on voie ce qui est différent comme forcément antipathique, voire dangereux. Mais d'un autre côté, il est plus prévisible de se faire envahir par une civilisation guerrière que par de gentils hommes verts - du moins je le suppose.

     Je ne vais pas développer tout le recueil, qui est assez consistant, mais me concentrer sur mes romans  préférés.
     Commençons par La Roue Fulgurante, de Jean de la Hire, qui a publié de très nombreux romans et nouvelles. Pour le très bref résumé, un immense disque lumineux débarque sur Terre et aspire littéralement cinq terriens, qui trouvent le moyen de survivre à l'intérieur de cet étrange vaisseau. Il se trouve que les extraterrestres ressemblent à des colonnes de lumière (je ne vois pas comment les décrire autrement) qui emmènent de force les passagers sur Mercure, où ils seront confrontés à des cyclopes unijambistes. Le tout paraît complètement fantasque quand je le raconte, mais je vous assure que ce roman n'est pas aussi absurde qu'il en a l'air.
    Bon, il est vrai que Jean de la Hire n'est pas, d'après ce que j'ai lu sur lui, un auteur remarquable, mais j'ai aimé découvrir ce récit dans le cadre de l'anthologie, dans laquelle je pense qu'il a tout à fait sa place. S'il faut ressortir les vieilleries des placards, autant ne pas se priver de cette histoire "sympathique" et assez spectaculaire. Il se lit comme n'importe quel écrit de science-fiction, et n'est pas très éloigné de ce qu'on peut lire actuellement - je vous dit ça au cas où vous auriez peur de tomber sur quelque chose de totalement obsolète.

    Je passe à mon roman préféré, qui m'a presque rappelé Le Soleil va mourir, de Christian Grenier, un auteur que j'adorais étant ado, dans lequel des scientifiques, en retournant sur Terre après une expédition sur Vénus, envoyaient des déchets dans le soleil, ce qui a précipité sa mort et déclenché un compte à rebours. Les Signaux du soleil de Jacques Spitz sont une histoire d'incompréhension entre des terriens, des vénusiens et des martiens (restons dans le classique) qui manque d'avoir des conséquences dramatiques. Un scientifique, dans son laboratoire d'examen de l'activité solaire du Midi, détecte des tâches solaires apparaissant brusquement et se multipliant en quelques jours... Il découvre rapidement que ces tâches sont crées par les martiens et vénusiens qui tentent de communiquer avec la Terre mais, ne recevant aucune réponse du même type -les humains se sachant pas créer de tâches solaires-, ils puisent dans les ressources de l'atmosphère terrienne et s'emparent de l'oxygène et de l'azote.
    C'est un compte à rebours très bien mené et l'ensemble est crédible. Je lis de moins en moins de science-fiction, mais je me permets de comparer ce roman aux meilleurs que j'ai lus : la preuve qu'un auteur français peut très bien soutenir la comparaison avec un Asimov ou un Bradbury!

    J'ai eu envie de faire cet article parce que j'ai moi-même tendance à penser que tout ce qui est français est largement en-dessous de la moyenne internationale dans la plupart des domaines (une intégration des nombreux stéréotypes négatifs, peut-être?). Non pas que j'aie  absolument besoin de me prouver que les français ne sont pas si nuls, mais j'avoue que j'ai été agréablement surprise par ces onze découvertes!

30 juillet 2013

Frankenstein



    Frankenstein ou le Prométhée moderne est un roman de Mary Shelley paru en 1818 et s'inscrivant dans le genre gothique, bien que l'idée du glavanisme évoque plutôt la science-fiction. Je trouve le contexte d'écriture intéressant : rappelez-vous, la maison au bord du lac Lénan, Percy Shelley, Lord Byron, Polidori...
    Je ne vous résume bien sûr pas l'histoire, mais je me permets un petit rappel : Frankenstein est le nom du savant, pas celui de la créature! Je me sens obligée de vous répéter ça, tellement j'entends cette déformation, que ce soit dans certains films, comme celui de James Whale, ou tout simplement par les personnes qui ne se donnent pas la peine de connaître cette très belle œuvre.
     Le roman débute par le récit de l'expédition polaire de Robert Walton, qui contient celui de Frankenstein, qui lui-même contient l'histoire de sa créature... Pour faire plus simple, Walton raconte comment il a rencontré le professeur Frankenstein, qui lui raconte ensuite son histoire, jusqu'au moment où il revoit sa créature après l'avoir abandonnée, à qui il cède sa place de narrateur pour quelle raconte également son histoire.

     Le but de cet article, je vous l'avoue, est de pester contre le personnage du Dr Frankenstein et réhabiliter sa créature. (Évidemment, il ne s'agit que mon point de vue!) Pour moi, le savant est le monstre et non l'inverse : qui abandonne la créature dès sa conception? Qui la laisse seule, sans ressources, et surtout sans affection? Loin de moi l'idée d'accentuer le côté pathos du roman, mais je pense que le créateur ne peut s'en prendre qu'à lui-même : il a voulu satisfaire sa curiosité scientifique sans tenter d'envisager les conséquences et, une fois la haine de sa créature déclenchée, n'a pas essayé de la comprendre.
    La créature, ce soi-disant monstre, est au contraire très intelligente et sensible : elle parvient, seule, à acquérir les capacités intellectuelles humaines ; elle éprouve de l'affection et de la peine, ce qui pour moi prouve qu'elle n'est pas différente de nous. On perçoit sa sensibilité au moment où elle raconte comment elle a passé des mois entiers à observer la vie de deux habitants d'un chalet. De même, on ressent sa peine lorsqu'elle se rappelle la façon dont ils l'ont rejetée quand elle s'est montrée à eux, simplement à cause de son apparence particulière. Sa souffrance est d'autant plus forte que ce sont ces deux personnes qui lui ont indirectement appris tout ce qui faisait un être humain, non seulement en termes de capacités intellectuelles, puisque la créature apprend à parler en les observant, mais aussi en ce qui concerne la dimension affective : elle apprend à reconnaître les émotions diverses que peuvent ressentir les humains.
   Rappelez-vous également le récit qu'elle fait au professeur lors de leur première réelle rencontre, quand elle tente de lui expliquer pourquoi elle a tué l'enfant. Je ne prétends pas défendre cette tuerie, d'autant plus qu'elle a récidivé, mais essaye seulement de comprendre le personnage, et je suppose que c'est ce qu'a voulu Mary Shelley. La créature explique qu'elle a délibérément tué l'enfant dans le but de faire partager sa souffrance à son créateur qui l'a abandonné et lui demande la raison de ses agissements : pendant ce temps, Frankenstein ne cesse de se dérober et de chercher des excuses à sa curiosité insouciante.
    La créature a réclamé une compagne à Frankenstein, et on ne peut pas ignorer que la solitude est une souffrance atroce pour elle, qui ne reproche rien de plus à son créateur que son abandon, ce qui me paraît tout à fait légitime. J'ai trouvé ce dialogue très fort, mais aussi très éprouvant car j'ai été atterrée de voir que Frankenstein n'a même pas pris la peine de l'écouter.  Si j'ai choisi cette couverture en illustration, c'est à cause de la mention "si je ne peux susciter l'amour, je causerai la peur", qui résumerait presque l'esprit de la créature et sa frustration de ne pas être aimée.

    à l'écran : 

    J'avais également envie d'évoquer l'adaptation du réalisateur James Whale, sortie en 1931. Je l'ai trouvée très bonne en tant que film d'horreur classique, mais justement : je ne considère pas la créature de Frankenstein comme digne de figurer dans une simple histoire effrayante. La vision de Whale m'a parue très simpliste : pour lui, la créature est un monstre, point barre. On le voit déjà au moment où le professeur et son assistant tentent de dérober le cerveau à l'université, en vue de l'incorporer à la créature : l'assistant se trompe et prend, entre le cerveau "neutre" et celui de "criminel" , le cerveau  "mauvais". Je ne pense qu'il y ait une différence fondamentale entre les deux, mais le film date des années 30, où ils n'avaient pas les mêmes connaissances. Ceci implique que la créature était destinée à être mauvaise, ce avec quoi je ne suis pas du tout d'accord, même si cette explication vaut sans doute mieux que celle qui consisterait à dire que la créature ne pouvait qu'être mauvaise à partir du moment où elle n'a pas été conçue de manière naturelle. Le problème est que cette hypothèse se retrouve elle aussi dans la suite du film : on suppose que l'acte du docteur Frankenstein est purement criminel et ne pouvait donner rien de bon. Jamais il n'est envisagé que le créateur puisse être bienveillant envers une créature qui n'est pas présentée autrement que comme une brute épaisse et sans cervelle...

     En ce sens, j'ai adoré la pièce de Nick Dear, mise en scène par Danny Boyle en 2011, avec Jonny Lee Miller et Benedict Cumberbatch tour à tour dans les rôles de Victor Frankenstein et de sa créature. L'idée de permettre aux deux acteurs principaux d'inverser les rôles me réjouit pour l'importance que j'accorde au thème du double, qui est un de mes favoris dans le fantastique. Le respect de l'époque du roman n'a pas empêché une mise en scène très moderne, notamment avec la musique, jouée par le groupe Underworld. Ma version favorite a été celle avec J. L. Miller dans le rôle de Frankenstein et B. Cumberbatch dans celui de la créature, c'était pour moi dans cette répartition que les deux acteurs étaient le plus à leur avantage - c'est un avis tout à fait personnel.
   La pièce ne suit pas la chronologie du roman et s'ouvre sur la venue à la vie de la créature, qui est une des scènes qui ménage le moins les spectateurs : on la voit se convulser, ramper, tenter de se relever, et cela dure bien presque dix minutes. C'est une scène très éprouvante, que j'ai trouvée géniale dans le sens où elle cadrait parfaitement avec l'atmosphère du roman, en plus d'être plutôt réaliste étant donné que notre pauvre créature venait d'avoir son corps traversé par la foudre. Le savant fou se manifeste enfin, avec un chaleureux cri lui enjoignant de disparaître, alors même que la détresse de son "expérience" est évidente.
    Les apprentissages de la créature sont montrés de manière très progressive, ce qui ajoute encore au réalisme : l'élocution est hésitante, les gestes très maladroits. Par ailleurs, et c'est ce qui fait de cette pièce une de mes adaptations préférées, est que les moments clés du roman sont présents - et superbement interprétés, comme le séjour de la créature dans les Alpes et son premier réel contact avec d'autres humains, les meurtres de William et Elizabeth Frankenstein, et surtout, la confrontation entre le créateur et la créature...

     Puisque l'on parle d'adaptations réussies, je ne pouvais pas écrire cet article sans aborder la série Penny Dreadful. Je ne pourrai malheureusement pas entrer dans les détails de peur de spoiler certains aspects, mais de même, les personnages de Victor Frankenstein (Harry Threadaway) et de sa créature sont superbement interprétés. Le scénariste John Logan a pris des libertés quant au roman mais elles servent très bien l'ensemble de l'intrigue.
    à voir si ce n'est pas encore fait, tant cette série se démarque par la qualité du scénario et de l'écriture. 

    J'ai bien conscience que le récit de Shelley traite de bien plus que ce que je viens de dire, que Frankenstein symbolise dieu et l'expérience du savant sa créature en général, mais n'étant pas ici pour faire de la théologie de comptoir, je passe sur se sujet. Le but de cet article était essentiellement de vous montrer la créature de Frankenstein sous un autre aspect que celui d'un monstre stupide et insensible.

     Vous pouvez regarder ici le film de James Whale : jugez par vous-mêmes.
    Le roman de Mary Shelley a été adaptée en plusieurs films par Terence Fisher (entre autres), le réalisateur du Cauchemar de Dracula, en 58 et de Dracula, Prince des ténèbres, avec le regretté Christopher Lee. Pour ce que je connais de Fisher, je suppose que cette version-là est un peu plus profonde que celle de Whales...
    Une série où l'intrigue est transposée au XXIè siècle devrait voir le jour, portée par le réalisateur Michael Cuesta (Homeland). Je vous avoue que je suis assez curieuse, n'hésitez pas si vous avez des informations!

29 juillet 2013

Bienvenue à Salem...



    Un roman de Stephen King qui traite des vampires, ce n'est pas habituel... Mais ce deuxième écrit du King du suspense est une réussite, qui a d'ailleurs remporté un prix en 1976, un an après sa parution. Il figure dans la bibliographie de Jean Marigny dans sa préface à l'anthologie Dracula et les siens, dans laquelle il a totalement sa place, même si on n'y retrouve pas l'image du vampire presque aristocratique à laquelle nous avaient habitués Bram Stocker et son Dracula, ou encore John W. Polidori et son Lord Ruthven.
    Ici, pas d'aristocrate ou de mystérieux comte vivant reclus dans son non moins mystérieux château. Quoique... Cette maison perchée en haut d'une colline, appelée Marsten House, inspire l'écrivain Ben Mears, qui décide de revenir dans sa ville natale de Jerusalem's lot pour écrire un roman sur la maison à la réputation déjà bien établie. Je n'ai pas pu m'empêcher de faire le lien avec le photographe Simon Marsden, mais ce n'est peut-être que mon imagination. Mears découvre rapidement que cette maison a été rachetée par deux antiquaires douteux, Straker (une allusion à Stoker??) et Barlow. Mais ce n'est pas tout : Mears, accompagné de Susan, sa jeune petite amie et de l'encore plus jeune Mark Petrie, doit organiser la résistance face à une attaque de vampires.
 
    On retrouvera le thème de l'antiquaire douteux dans Bazaar, que je vous présenterai un peu plus tard. Pour le moment, concentrons-nous sur les vampires de Jerusalem's lot.
    Je vous disais qu'on était éloignés de l'image habituelle du vampire et en effet, les prédateurs du roman de Stephen King sont très sauvages, violents, et leurs méthodes ne correspondent pas à celles d'un Lord Ruthven ou d'un Dracula. Par ailleurs, on ne retrouve aucune ambiguïté chez ces vampires-là : ils sont malsains, répugnants et féroces, point barre. On retourne presque aux sources du mythe, quand il n'était représenté que sous les traits d'une bête féroce, morte-vivante, et littéralement assoiffée de sang. La différence est que ces vampires sont doués d'une intelligence qui donnera du fil à retordre à nos personnages principaux : je pense qu'il est assez astucieux d'utiliser des personnages malveillants intelligents, cela donne une petite touche de frayeur en plus par rapport à l'idée d'une créature dangereuse mais "stupide" - à l'instar de la représentation que l'on fait généralement des zombies, par exemple.
    
    La remarque que je fais concernant l'éloignement de Stephen King des représentations habituelles des vampires n'est absolument pas un reproche, loin de là. Comme c'est le cas dans la très grande majorité des romans qui ont suivis, King est magistral et son roman ne souffre d'aucune longueur. Comme toujours, le suspense et l'angoisse sont au rendez-vous, et les doutes quant aux possibilités de survie des personnages humains ne cessent de croître tout au long de la lecture. Je crois que c'est vraiment un aspect qui fait de Stephen King un écrivain peu commun : on n'est jamais certains d'avoir droit à un "happy end"... ou du moins, à une fin-la-plus-joyeuse-possible-compte-tenu-des-circonstances.
  
  Je recommande ce roman aux habitués de Stephen King et à ceux qui, comme moi, seront surpris par cette représentation du vampire qui dérive des canons habituels.

28 juillet 2013

American Psycho



   American Psycho est un roman de Bret Easton Ellis paru en 1991, et adapté au cinéma en 2000 par Mary Harron. Le personnage principal, le véritable centre de l'histoire, est Patrick Bateman (joué par Christian Bale), un golden boy new-yorkais de 27 ans... qui est un psychopathe.

    Le personnage est très impressionnant et répugnant à la fois. Je dis impressionnant, parce qu'il est d'une intelligence redoutable, et répugnant pour ses actes et pour la plupart de ses idées bien sûr. Bateman est raciste, méprisant envers les personnes d'une position sociale inférieure à la sienne (ce qui fait beaucoup de monde), en particulier les SDF, qu'il n'hésite pas à tuer sauvagement dans la rue. Ah, et j'oubliais le principal : les femmes. Ce sont elles qui souffrent le plus des idées et pratiques tordues de Bateman, qui les utilise comme des objets et prend plaisir à les torturer.

    Bref, c'est un être odieux, comme vous venez de le constater. Mais au-delà de ça, je pense qu'Ellis a voulu sous-entendre que Bateman est également un produit de la société américaine qui, même si elle n'est pas plus maléfique qu'une autre, met à tel point l'accent sur la réussite personnelle, le confort matériel et l'apparence qu'elle peut créer des monstres. Bien sûr, cette explication ne se suffit pas à elle-même, il est aussi nécessaire que la personne soit un peu dérangée...
    En effet, Bateman est très soucieux de son image, à tel point qu'il veut à tout prix renvoyer une image de perfection et de réussite. Et quand je dis "à tout prix, prenez-le au sens littéral. On voit également qu'il est totalement obsédé par l'apparence, au point de décrire systématiquement et avec de très nombreux détails la tenue de chacune des personnes qu'il rencontre. On peut lire jusqu'à une vingtaine de lignes uniquement consacrées aux marques, texture et style des vêtements portés par les autres personnages, mais aussi par lui-même, ce qui est assez troublant au début. Je vous avoue qu'au fil des pages, je ne lisais plus ces descriptions qu'en travers tellement elles me paraissent ennuyeuses. Je ne pense pas pour autant que Bret Easton Ellis ait fait une erreur en écrivant ces passages : il voulait peut-être simplement nous montrer que des choses préoccupant Bateman de manière démesurée nous apparaîtraient seulement sous la forme de détails futiles. Batemen prend également un soin très particulier à sa toilette et aux soins corporels - je sais que cette remarque peut paraître inutile mais je vous assure que c'est perturbant à lire et à voir...

    Le film a eu une suite, qui s'intitule tout simplement American Psycho 2, mais je ne sais pas ce qu'il en est pour le roman (je ne pense pas qu'Ellis ait écrit une suite, et certainement pas celle-là , mais on ne sait jamais.) Le réalisateur n'est autre que l'excellent Morgan Freeman, que je ne connaissais pas du tout en tant que réalisateur, mais je ne l'attendais pas sur ce genre de film.
    Pour le bref résumé : Mila Kunis, qui joue la psychopathe, a survécu à une agression de Bateman, qui s'en est pris à sa baby-sitter... et elle l'a tué. Plus tard, étudiante en criminologie, elle compte devenir l'assistante d'un prof travaillant pour le FBI et se débrouille pour éliminer tous ses obstacles. Encore une fois, "éliminer" est à prendre au sens littéral.
    Je ne l'ai pas trouvé aussi bien mené que le premier film, pour plusieurs raisons, en particulier parce que le personnage de la jeune étudiante me paraît bien fade à côté de Bateman. Je crois que c'est aussi le côté plus "fun" de ce film qui m'a moins plu : même si celui de Harron contient des scènes presque décalées (une musique qui ne convient pas totalement et enlève du sérieux, par exemple), j'ai trouvé qu'il était loin de la suite. Toutefois, il donne quand même une "leçon" similaire à celui du premier film, (ou du moins ce que je pense être cette leçon puisque je ne suis ni dans la tête de l'auteur, ni dans celles des deux réalisateurs), à savoir qu'il faut se méfier des sociétés encourageant de manière trop appuyée la réussite personnelle au point de fermer les yeux sur les moyens qu'on emploie pour parvenir à ladite réussite...

27 juillet 2013

Le Parfum, histoire d'un meurtrier



    Le parfum est un roman de l'auteur allemand Patrick Süskind paru en 1985 et adapté en film en 1996 par Tom Tykwer. J'imagine que vous connaissez les deux, mais je tiens à faire cet article à destination des malchanceux qui seraient passés à côté de ces deux merveilles.

    L'histoire se déroule dans la France du XVIIIè siècle ; elle commence à Paris... Un jeune homme sans réel nom, que nous appellerons Jean-Baptiste Grenouille, devient l'apprenti d'un maître parfumeur et apprend auprès de lui l'art délicat du maniement des odeurs. Il se rend vite compte qu'un élément essentiel lui manque pour créer le parfum idéal qui pourrait le faire accepter par ses semblables. Oui, car Jean-Baptiste Grenouille n'a pas d'odeur.

    La scène de la naissance de Grenouille, tant dans le roman que dans le film, est très frappante et ne laisse présager que du mauvais : le petit naît au milieu des ordures, d'une mère poissonnière qui a déjà pratiqué elle-même des accouchements bâclés à l'issue desquels elle laissait tout simplement mourir le bébé. Sauf que cette fois-ci, l'enfant a décidé de vivre, de façon purement naturelle, instinctive, comme un animal sauvage se raccroche à la vie parce qu'il le faut. La comparaison de Grenouille avec un animal est très marquée et restera présente tout au long du roman. On considérera souvent le meurtrier comme une sorte d'animal intelligent obéissant à ses pulsions, bien qu'il soit doté d'un don incroyable. C'est très particulier, mais le roman et son adaptation rendent cette impression beaucoup mieux que moi. Je peux au moins vous dire que déjà, l'univers des odeurs est très présent : c'est le sens le plus développé chez Grenouille, celui qui lui inspire le plus de choses ; ainsi, le décor qui l'entoure est principalement décrit par les odeurs dès la naissance du meurtrier (qui n'en est pas encore un, en fait). Il faut savoir que la mère de Grenouille meurt après sa naissance, puisque c'est à cause de lui qu'on découvre ses infanticides qui la feront guillotiner... Le premier son qui sort de la bouche du bébé est donc celui qui condamne sa mère, comme il est très justement remarqué dans le roman.

   Après ce premier mauvais augure, Grenouille manque de mourir quelques fois dès ses premières années mais toujours, il survit au détriment des autres...
    Il finit par découvrir l'atelier de Baldini, le maître parfumeur, en plein Paris : c'est là que l'histoire prend un nouveau tournant. Entre sa naissance et son entrée chez Baldini, Grenouille a toujours majoritairement perçu le monde qui l'entourait par les odeurs, et c'est grâce à son odorat qu'il découvre la boutique du parfumeur. Baldini est un artiste déchu qui se laisse distancer par les nouveaux créateurs, mais tente de préserver son image à tout prix : quand il découvre Grenouille, il l'embauche en sachant que celui-ci va lui permettre de retrouver sa renommée d'antan et lui faire conquérir Paris. Cependant, au début, Grenouille choque quelque peu le parfumeur raffiné, qui a pour habitude de mesurer très soigneusement et précisément ses dosages, par sa manière brutale et quasi-instinctive de préparer ses parfums. En effet, quand Baldini mesure et pèse les ingrédients de façon très fine, avant de les manipuler avec une infinie précaution, Grenouille, lui, verse avec insouciance les produits sans prendre les moindres mesures. Après une démonstration qui va le mener au bord de la crise d'apoplexie, Baldini est rapidement obligé de se rendre devant la qualité exceptionnelle des parfums de son apprenti aux méthodes qu'il considère comme sacrilèges. C'est le talent indéniable de Grenouille qui va décider le parfumeur à lui apprendre à canaliser ses inspirations et préparer les parfums avec des méthodes précises.
   Cette étape est très importante pour Grenouille, qui découvre que les odeurs peuvent être maîtrisées et agencées, ce qui lui apporte un certain soulagement puisqu'il se rend compte qu'il peut enfin exprimer ce qu'il a en tête, après diverses expériences pour le moins... curieuses.
   Notre apprenti parfumeur, une fois qu'il a dépassé le maître Baldini, se rend à Grasse, une ville du sud de la France réputée par les professionnels du parfum, où il maîtrisera, ou plutôt perfectionnera, son art. C'est aussi là que commence l'histoire du meurtrier. Il apprendra également à devenir plus sociable, c'est à dire plus manipulateur...

    Je ne saurais vous dire quel a été mon préféré, le film ou le roman. Tous deux ont leurs moyens d'expression propres. Dans le film, un narrateur joue le rôle d'interprète entre Grenouille et le spectateur, c'est à dire entre le langage des mots et celui des odeurs. Les différents objets, personnes, lieux, par lesquels est attiré Grenouille sont rendus par des zooms dans le film, et par une description extrêmement riche des émotions que ressent Grenouille.
   C'est une histoire très particulière : on ne sait pas vraiment pourquoi Grenouille est comme ça, pourquoi il ressent cette fascination pour les odeurs, pourquoi il a ressenti le besoin de tuer pour s'approprier pleinement l'odeur des jeunes filles dont il vole la vie en même temps que le parfum.
    Il est un personnage très intrigant, et certainement un des meurtriers des plus fascinants, qualifié de "scélérat de génie" par Süskind, au même titre que le Marquis de Sade.

    Par ailleurs, Le Parfum, histoire d'un meurtrier n'a pas uniquement inspiré un film. Dans le domaine de la musique, la chanson Scentless apentice de Nirvana et le titre de l'album Smells like Children du groupe Marilyn Manson ont été imaginés d'après ce roman. Encore mieux, un coffret de parfums de la maison Thierry Mugler a été créé dans le but de recréer des scènes phares du roman. Coïncidence, le coffret est sorti en même temps que le film, sans que cela n'a été l'intention des maîtres-parfumeurs à l'origine de cette intrigante et géniale initiative. Intrigante, parce que les créateurs n'ont pas voulu créer des parfums plaisants et "jolis", mais des senteurs qui, bien que pas désagréables (du moins je l'imagine!) sont assez curieuses et reprennent les odeurs de la tannerie dans laquelle a travaillé Grenouille avant d’atterrir chez Baldini, ou encore Orgie, qui doit rappeler la fameuse scène où Grenouille, aspergé de sa fragrance absolue, tant recherchée, échappe à l'échafaud et provoque l'affolement de toute une foule. Le joyau de cette collection est sans conteste Aura, sensé être le chef d’œuvre de Grenouille. Cette quinzième fragrance est appelé un "sublimateur", destiné à mettre en valeur n'importe lequel des quatorze autres parfums du coffret. Il aurait été testé sur de nombreux autres parfums sur lesquels son effet aurait fait ses preuves, et peut également être porté seul.


26 juillet 2013

Jack Finney


     Je vous présente ici deux romans appartenant au genre steampunk : il s'agit du Voyage de Simon Morley et de sa suite Le Balancier du temps, de Jack Finney, tous les deux édités par Denoël dans l'excellente collection "Présence du futur", qui comporte de nombreux classiques.
    Chez Jack Finney, aucune machine n'est nécessaire pour voyager dans le temps : il suffit de se plonger dans l'ambiance de l'époque pour y parvenir. Si cela ne parait que très peu crédible au début, il faut dire que l'effet est tout de même réussi : on se plonge sans hésiter dans les différentes époques (le XIXè siècle dans le Voyage de Simon Morley et l'année 1912 pour le Balancier du temps), aidés par les photos en noir et blancs et les croquis que nous offre Finney. Il faut dire que les détails sont très soignés et que l'on est, dans le premier volume, assez loin des thèmes steampunk habituels, mais ne vous inquiétez pas, on les retrouve dans le deuxième tome.


    Le voyage de Simon Morley (récompensé le bien mérité Grand prix de l'Imaginaire), qui ouvre donc cette série, a pour destination le XIXè siècle, et plus précisément l'année 1882. Dans ce contexte, Simon Morley va tenter d'en apprendre plus sur la mort d'une amie de son aïeule. Dans le but de se préparer au voyage, Morley va donc, pendant des jours, se comporter comme un homme du XIXè, penser XIXè, manger XIXè, s'habiller XIXè... et entrer dans le XIXè. Je préfère vous avertir dès maintenant : les romans dont je parle sont des oeuvres de fiction et, par conséquent, vous ne pourrez pas atterrir au XIXè simplement en endossant les costumes ni en lisant la littérature de l'époque - j'ai déjà essayé... Arrivé là, il va tomber amoureux -quelle surprise! ce qui va pimenter un peu ce qui n'était au départ qu'une simple enquête.

 
     Après cette rapide présentation, passons maintenant au Balancier du temps. Je ne peux pas vous en dire trop sur ce deuxième roman sans révéler un élément fondamental du premier, mais disons simplement que nous retrouvons Simon Morley qui, toujours pour le compte du professeur Danziger, à l'origine des voyages, s'engouffre dans le début du XXè siècle afin d'essayer d'empêcher la seconde guerre mondiale. Là encore, le dépaysement est assuré par de nombreuses photos et quelques croquis qui permettent de mieux situer certaines choses! J'ai trouvé le thème steampunk beaucoup plus présent dans ce roman-ci, notamment avec les dirigeables et autres zeppelins, indissociables de cet univers.

   Ces deux romans constituent un excellent dyptique de science-fiction, mais ils risquent d'en décevoir certains par leur rythme lent. Cependant, si les péripéties ne s'enchaînent pas à un rythme effréné -ce qui, à mon sens, n'est pas forcément un mal, mais ce n'est que mon avis-, l'atmosphère est très bien étudiée et la reconstitution historique est impeccable. Je conseille donc ces romans plus aux amateurs d'histoire que d'action. Mais rassurez-vous, ces romans ne sont pas ennuyeux pour autant, bien au contraire : Simon Morley est un personnage complexe, tiraillé entre son époque d'origine et les époques qu'il visite.
   Ceci est d'autant plus marqué dans le Voyage de Simon Morley, à partir du moment où Morley se construit une deuxième vie au XIXè. De là, nostalgie pour son XXIè siècle, culpabilité de s'être si facilement adapté au XIXè siècle et de presque en oublier ses proches cohabitent dans l'esprit embrouillé de Morley. On retrouve également cette déchirure dans le tome suivant, où les allers-retours de Simon d'une époque à l'autre sont plutôt fréquents - de même que les doutes.

25 juillet 2013

à l'Ouest d'Octobre.... (Ray Bradbury)



     Non, vous ne rêvez pas, je vous parle bien d'un auteur de science-fiction. Ne vous emballez pas, je ne vous fait pas pour autant cadeau d'un peu de nouveauté : si j'ai voulu faire un article sur "à l'ouest d'Octobre", un recueil de Ray Bradbury comportant dix-neuf nouvelles, c'est parce qu'il a une tonalité fantastique que l'on peut retrouver dans la plupart des récits qui le composent, en particulier Banshee, A l'ouest d'Octobre, La Trappe... Certaines nouvelles n'appartiennent tout simplement pas au genre de la science-fiction, ce qui m'a surprise chez cet auteur que j'avais beaucoup apprécié pour ses Chroniques martiennes, pour son recueil L'homme illustré ou encore pour les Pommes d'or du soleil.
 
    Je ne conseille pas ce recueil aux amateurs de science-fiction, mais plutôt à ceux aimant le mystère. Je sais que c'est assez étrange chez Bradbury et que ce genre de nouvelles n'appartient pas à son registre habituel, mais on ne peut qu'admettre que la science-fiction n'est pas le seul domaine dans lequel il était doué. En effet, Le Convecteur Toynbee est certainement la seule nouvelle à tendance futuriste du recueil.
    Un autre recueil très similaire à celui-ci existe, paru notamment dans l'excellente collection Présence du Futur (des éditions Denoël), intitulé Le pays d'Octobre. Il contient vingt-trois récits, dont presque tous ceux figurant dans à l'ouest d'Octobre, et s'inscrit donc également bien plus dans le genre du fantastique que dans celui de la science-fiction. D'ailleurs, cette œuvre fait partie de celles conseillées par Patrick Marcel dans son Atlas des brumes et des ombres. La quatrième de couverture reflète d'ailleurs cette ambiance mystérieuse et ambiguë caractéristique du genre fantastique :

"Ce pays où les collines sont de brouillard et où les rivières sont de brume, où les midis disparaissent vite, où l'ombre et les crépuscules s'attardent, où les minuits demeurent. Ce pays composé essentiellement de caves, de cryptes sous les caves, de soutes à charbon, de cabinets, de mansardes, de placards et d'offices tournés à l'opposé du soleil. Ce pays dont les gens sont gens d'automne, ne pensent que des pensées automnales. Dont les habitants, quand ils passent la nuit dans les avenues vides, y font un bruit qui évoque la pluie..."

    On suppose donc que le Pays d'Octobre, tout comme son jumeau à l'Ouest d'Octobre, est un recueil plutôt sombre - en ce sens-là, ces récits sont dans la continuité de ce que l'on attend de Ray Bradbury...

    J'ai récemment fait une découverte agréablement surprenante : la plupart des récits de Bradbury ont été adaptés pour la télévision dans les années 80, dans une émission-série très similaire aux Alfred Hitchcock présente : Ray Bradbury présente. (Certaines adaptations figurent d'ailleurs dans l'émission A. Hitchcock présente). D'accord, ce n'est pas si surprenant, mais ce genre d'adaptation est toujours très réjouissant, même si c'est pour la télévision.

24 juillet 2013

Joseph Sheridan le Fanu : les créatures du miroir




    Bienvenue dans le monde de l'écrivain irlandais Joseph Sheridan le Fanu (1814-1873), auteur de Carmilla, une de mes nouvelles préférées, dont je vous ai d'ailleurs parlé ici. Le Fanu a publié un certain nombre de nouvelles dans le Dublin University Magazine alors qu'il était à l'université. Il s'agit d'un important et influent journal du XIXè, tant pour la littérature de l'époque, car des nouvelles et romans sous forme de feuilletons y étaient publiés, que pour les idées politiques. En effet, ce magazine était malheureusement un peu conservateur.
  
    Les créatures du miroir est le premier recueil de cet auteur que j'ai lu, dans lequel figure justement Carmilla. (Cliquez ici pour écouter le morceau du groupe Two Witches intitulé Mircalla, inspiré par la nouvelle). Le miroir est un symbole très fort chez le Fanu, comme chez la plupart des écrivains fantastiques du XIXè  -et d'autres époques- : il symbolise non seulement le double, avec le reflet, mais aussi le passage à un autre monde, comme chez Lewis Caroll.
    On retrouve dans la plupart des œuvres de le Fanu son intérêt pour l'hypnose, et les états seconds dans lesquels peut être plongé l'esprit ainsi que les moments où il semble échapper à tout contrôle et presque agir selon sa volonté propre. En effet, les créatures hantant les personnages de Le Fanu sont bien souvent leurs créations et fantasmes : ils n'ont pas de réalité physique. D'après ce que j'ai lu, il s'agissait surtout de personnages punis pour avoir commis des fautes ; je pense que ces créatures reflètent essentiellement la culpabilité des personnages.
   
    Dans le Familier, la première nouvelle du recueil, le personnage principal est hanté par un spectre qui ne le quitte jamais. Or, le problème du personnage, du moins c'en était un dans la société victorienne, est qu'il n'est pour ainsi dire pas très croyant. Il pense ainsi que ce familier est une punition pour son absence de foi, ce que lui confirme un homme d'église à qui, en dernier recours, il rend visite.
  
    Ces nouvelles représentent bien sûr les idées et frayeurs de l'auteur, qui partage celles de la société irlandaise protestante, à savoir la peur de voir la religion et les traditions disparaître. Je pense d'ailleurs que la plupart des écrits fantastiques victoriens reflètent cette peur de la libération des mœurs.
    Pour la petite anecdote, le Fanu vivait reclus chez lui, terrifié par les spectres et autres créatures fantastiques...

   Pour lire une analyse intéressante de la vison de le Fanu : "curiosité et caetera" par Eric Poindron.

(photo : Annie Bertram)

22 juillet 2013

Anne Rice : Le domaine Blackwood



    Le domaine Blackwood appartient, avec entre autres Lestat ou Entretien avec un vampire,  à la très connue Chronique des vampires d'Anne Rice. On retrouve ici ce cher Lestat, contacté par un vampire, le jeune Tarquin Blackwood, pour résoudre un étrange problème... En effet, Tarquin est hanté depuis sa plus jeune enfance par un double ; or, cette créature se montre de plus en plus agressive. Lestat va donc tenter de comprendre la relation malsaine, à la fois passionnée et destructrice, qu'entretiennent Tarquin et son double et surtout, pourquoi la complicité de ce "spectre" s'est soudainement transformée en violence.
    Lestat tient une place importante dans cet excellent roman d'Anne Rice, dans lequel on se plonge dans l'enfance d'un nouveau personnage : la majeure partie du roman est un flach-back qui permet de mieux comprendre la terrible et passionnante histoire de la famille Blackwood, qui habite un mystérieux manoir dans la Nouvelle-Orléans. Le domaine Blackwood ainsi que les marécages qui l'entourent sont hantés par des spectres tourmentés, revenus faire partager leur détresse et leur soif de vengeance aux vivants... ou morts-vivants. Outre une histoire de fantômes et vampires, ce roman est aussi la biographie d'une famille aux secrets dérangeants. Plus les masques tombent, plus Tarquin voit son existence bouleversée, déchirée entre son obsession pour son double et ses relations douloureuses avec sa famille.
     C'est aussi un voyage introspectif pour Tarquin, qui revient sur les événements les plus importants de sa vie et de celle de sa famille et tente de comprendre l'identité de ce "familier" - toute ressemblance avec le titre d'une nouvelle de le Fanu serait totalement fortuite.

     De personnages étranges en personnages encore plus étranges, ce roman est une vraie perle. N'ayant pas lu tous les romans d'Anne Rice, je serais bien incapable de vous dire si Le domaine Blackwood est le meilleur d'entre eux mais, sans aucun doute, il vaut le détour. Les fans d'Ann Rice apprécieront également le lien avec son cycle sur les sorcières - mais j'en ai déjà suffisamment dit. Bonne lecture!

21 juillet 2013

Andreas Eschbach : Des milliards de tapis de cheveux



    Résumé : des centaines de millions d'années après notre ère, sur une planète incroyablement éloignée de la nôtre, une étrange caste de tisserands crée, toute sa vie durant, une offrande destinée à orner le palais de leur vénéré empereur : un seul et unique tapis de la taille d'un homme, entièrement composé de cheveux humains. Ces cheveux proviennent des femmes, sœurs et filles des tisseurs qui, une fois leur œuvre terminée, l'échangent contre une somme destinée à couvrir les besoins de leur fils et de sa famille pendant qu'il réalisera son propre tapis de cheveux. Mais une rumeur circule : l'empereur serait mort, assassiné par les rebelles...
     
    Des milliards de tapis de cheveux est le premier roman d'Andreas Eschbach, auteur de science-fiction allemand, que j'ai lu. Je dois dire que le coup de foudre a été immédiat - mais si, vous savez, quand vous tombez sur un roman et savez avec certitude que non seulement l'auteur est talentueux, mais que vous allez durablement placer ce roman au palmarès des livres indispensables dans une bibliothèque. Plus précisément, j'ai beaucoup aimé l'organisation du récit : chaque chapitre raconte une histoire et est centrée sur un ou plusieurs personnages en particulier, dans une région donnée de l'univers (dont de très nombreuses galaxies ont été colonisées). Ces histoires harmonieusement réunies en forment une plus grande, très complexe, et très agréable à lire parce que passionnante. Évidemment, ces "nouvelles" ne sont pas totalement indépendantes les unes des autres, mais se complètent et permettent de se mettre en lumière les unes les autres. Il arrive également que l'on retrouve des personnages au fil des nouvelles, dans des contextes différents qui permettent soit de mieux comprendre leur place dans l'histoire, soit de mieux comprendre l'histoire elle-même.

   J'ai lu d'autres roman d'Eschbach, Le dernier de son espèce et Jesus video, qui étaient tous deux très bons mais qui ne m'ont pas marquée comme l'a fait Des milliards de tapis de cheveux. C'est vraiment un roman que je vous recommande, mais les autres écrits d'Eschbach valent eux aussi le détour.

15 juillet 2013

L'Egypte


    L'Égypte antique est présentée dans ce livre magnifique sorti à l'occasion des vingt-cinq ans des éditions Taschen. D'après ce que j'ai pu feuilleter, les éditions Taschen font de manière générale de très beaux ouvrages. Les illustrations sont bien sûr sublimes, les explications très précises et détaillées sans jamais être lassantes. Les grands faits historiques se mêlent aux anecdotes pour retracer le mode de vie d'une civilisation grandiose. Tout est traité, de la religion aux rites funéraires en passant par l'architecture et les aspects de la vie quotidienne. L'art tient une place très importante et les techniques de peinture, sculpture ainsi que leur évolution sont détaillées. Quelques mots et expressions sont aussi donnés en hiéroglyphes - on ne sait jamais, si vous ressentez le besoin urgent d'écrire quelques mots en ancien égyptien ou vous convertissez à l'archéologie...
   Ne me reste plus qu'à vous conseiller ce superbe livre, que vous soyez passionnés par l’Égypte antique ou simples amateurs ayant envie de découvrir cette culture. Cet ouvrage permet réellement de devenir quasi-incollable sur l’Égypte sans ressentir l'impression (très) désagréable de lire un manuel d'histoire fade.