16 juin 2013

Elizabeth Kostova : l'historienne et Drakula

   


    Si L'historienne et Drakula n'est pas un de mes romans préférés, il me semble qu'il mérite tout de même de figurer sur ce blog. Premièrement, il est agréable à lire ; le style d'écriture est tout à fait correct (voire très) sans être simpliste et ennuyeux. La forme du récit est intéressante : les chapitres se présentent suivant la même organisation que le Dracula de Stoker, mêlant récit, extraits de journaux intimes, lettres... Le seul bémol est que la succession des divers narrateurs, intervenant, pour certains, uniquement à des passages précis de l'histoire, peut être parfois légèrement difficile à suivre. Mais dans ces cas-là, vous connaissez aussi bien que moi la solution : il suffit de revenir quelques pages en arrière...  L'historienne et Drakula comprend au moins une suite, mais je n'en ai lu que le début : je me concentrerai donc sur le premier tome.
  
    Elizabeth Kostova a étudié pendant dix ans pour mener à bien l'écriture de son roman, et s'est focalisée sur l'histoire du voïvode Dracula, dont elle donne de nombreux éléments. Dans l'Historienne et Drakula, un professeur d'université spécialisé dans l'histoire du comte disparaît, et un de ses disciples, également professeur, part à sa recherche. C'est alors que sa fille découvre un livre étrange, aux pages entièrement blanches, à l'exception de la double page centrale sur laquelle figure un dragon avec le mot "Drakula". La jeune fille se lance donc sur les traces de son père...


    J'ai surtout apprécié le roman pour son aspect très fidèle à l'Histoire et le délicieux dépaysement qu'il nous offre : en effet, on suit les personnages dans leur quête à Istanbul, en Europe de l'est mais aussi en Italie, en Hollande... Mes passages préférés sont ceux en Méditerranée, particulièrement en Grèce et en Turquie. J'ai aimé retracer l'histoire de Dracula même s'il a vraiment été un tyran infect... En effet, ici, Elizabeth Kostova se détache quelque peu du personnage du roman de Stoker pour se rapprocher de la réalité historique, que notre auteur gothique irlandais favori avait très légèrement mis de côté, si ce n'est pour signaler qu'il tenait à faire de son personnage le mal personnifié. Pour ma part, je trouve l'idée de renouveler le mythe en se raccrochant au passé excellente, cela approfondit le personnage de Dracula tout en lui donnant une nouvelle dimension. Évidemment, il s'agit là d'une toute autre vision de Dracula, et je n'en voudrai à personne si vous préférez garder à l'esprit la création de Bram Stoker.

  
    Je dirais que cette série est une manière ludique d'en apprendre beaucoup sur cet aspect de l'Histoire. On pourrait presque culpabiliser d’emmagasiner au rapidement et facilement la quantité impressionnante d'informations qu'Elizabeth Kostova a mis plus de dix ans à réunir mais au final, ces romans permettent d'assimiler facilement les faits historiques tout en se distrayant. J'en viendrais presque à souhaiter que les livres et manuels d'histoire disparaissent au profit des romans d'histoire.

Amélie Nothomb

    


    Amélie Nothomb est un de mes écrivains préférés, et vous savez pourquoi si vous l'avez lue. Sinon, je vais tenter de vous expliquer en quoi ses romans m'attirent tant. Pour en savoir plus sur cette auteure, et apprendre dans le même temps sur sa vie et sur son travail, lisez donc ses trois autobiographies (chacune centrée sur une période précise de sa vie) : Métamorphose des tubes (de la naissance à trois ans), Stupeur et tremblements (assez jeune, avant qu'elle ne soit écrivain) et Ni d'Ève ni d'Adam (une histoire d'amour un peu particulière...) Il faut savoir qu'elle navigue entre les cultures belge et japonaise, puisqu'elle est née au Japon et a grandi en Belgique, tout en ayant fait de fréquents allers-retours entre les deux. Vous retrouverez cette ambiguïté ans les trois autobiographies, car Amélie Nothomb est, depuis son plus jeune âge, partagée entre les deux cultures.



   Pour ma part, ne connaissant pas encore ces trois romans très personnels, j'ai commencé par le premier à m'être tombé sous la main - preuve que la simplicité peut très bien fonctionner  - Antéchrista. Antéchrista est le surnom donné à une pou... jeune écervelée par la narratrice du roman, qui se retrouve confrontée à cette abomination et est un peu perturbée d'être la seule à comprendre que l'autre fille est loin d'être aussi sympathique qu'elle en a l'air. Le ton est tellement juste que je me demande si Amélie Nothomb n'a pas subi ce genre de fréquentation, ce que je ne lui souhaite évidemment pas.
     

    Mon deuxième coup de cœur a été Acide sulfurique, une critique magistrale de la télé-réalité. Dans cette anticipation, les candidats sont recrutés contre leur gré dans la rue pour participer à Concentration, un jeu reproduisant un camp de travail. Ce roman décrit la relation ambiguë entre une candidate, l'héroïne du récit, et une gardienne fascinée par elle. Les téléspectateurs sont malheureusement très fidèles à l'émission dans leur avidité de sensationnel, même quand celui-ci dépasse les limites du supportable...



  

  Je dois aussi absolument vous parler de Mercure, une version tordue du prince charmant enlevant la princesse pour l'emmener dans son château. Un romantisme très noir imprègne ce roman et ce n'est bien sûr pas pour me déplaire. Comme tous les personnages de Nothomb, Hazel (la jeune femme), l'infirmière et le vieil homme sont très complexes et... humains. Pour le résumé, le vieil homme retient Hazel dans son château, sur une île déserte, car elle est difforme ; il la tient également à l'écart des miroirs ou tout autre surface réfléchissante. Quand une infirmière vient soigner et distraire la jeune femme de sa solitude, elle met le doigt sur le secret dérangeant de ce châtelain pour le moins bizarre au fil de ses conversations avec Hazel. Le dialogue tient une place très importante, ce qui est une des caractéristiques habituelles des romans d'Amélie Nothomb. Pour exemple, son roman Peplum n'est qu'un immense dialogue - passionnant, au demeurant. L'auteure nous offre une fin alternative à Mercure et enrichit encore l'explication que l'on peut donner à cette très étrange histoire. Le mercure a ici une double fonction : il est un messager et possède également la fonction de rétablir la vérité - je ne pas vous dire pourquoi!

   
    Je ne peux décidément pas vous résumer tous les romans d'Amélie Nothomb que j'ai lus et adorés, aussi je me contenterai de vous conseiller également :
    Hygiène de l'assassin, dans lequel un auteur livre un étrange secret à une journaliste (là encore, le dialogue structure le roman) ;
    Cosmétique de l'ennemi :  l'action se déroule dans un aéroport, un inconnu accoste et harcèle un homme qui attend son avion...
    Un voyage d'hiver : la majeure partie du roman est un flash-back sur une histoire d'amour ratée (et à sens unique...)
    Tuer le père, qui évoque le rapport très complexe d'un jeune homme à tous ceux ayant eu le rôle de parent pour lui.
    Et bien d'autres. Je vous conseille de consulter sa bibliographie et de choisir un titre au hasard, vous tomberez forcément sur une perle! Les titres sont toujours expliqués à un moment ou un autre de l'histoire, généralement la fin. Si vous êtes encore tous jeunes et voyez vos pros de français blêmir à la mention de Amélie Nothomb, profitez-en pour inverser les rôles et leur donner une bonne leçon.

15 juin 2013

Maxime Chattam

    


    Si vous aimez Stephen King et Mary Higgins Clark, vous voilà servis. En effet, Maxime Chattam a l'habitude de mêler thriller et fantastique, et ce mélange des genres lui réussit plutôt bien. C'est un écrivain français que vous avez peut-être rencontré sous le pseudonyme de Maxime Williams. J'ai du lire environ sept de ses romans, et il ne m'a jamais déçue ; si je vous ai mis ici la couverture du Cinquième règne, c'est tout simplement parce que c'est le titre qui m'a fait découvrir cet auteur. Pour le bref résumé, et pour changer de mes phrases interminables qui tournent autour de l'histoire sans rentrer dans le vif du sujet ; ) , des adolescents entrent en possession d'un grimoire, s'en servent de manière totalement inconsciente et se retrouvent mêlés à la traditionnelle bataille entre le bien et le mal. Tout un programme.
    
    La majorité des romans que j'ai lus étaient organisée autour d'une enquête qui avait pour but de résoudre des meurtres assez atroces, et je vous recommanderais cet auteur rien que pour le dénouement surprenant qu'il apporte à ces investigations. Disons que j'aime ses idées.
    Je le comparais à Stephen King non seulement pour l'ambiance fantastique dans laquelle baignent la plupart de ses romans, comme la série Autre monde, mais aussi pour le fait qu'il n'hésite pas à décrire précisément les choses : il faut avoir l'estomac bien accroché. Mais au-delà du côté "gore", Chattam veut nous confronter sans ménagements à l'horreur et jamais les détails triviaux ne nous apparaissent comme de la violence gratuite.
  
    Dans ce registre, la trilogie qui débute par L'âme du mal, se poursuit avec In tenebris et se termine avec Maléfices est assez frappante. Chattam a travaillé avec des enquêteurs du FBI pour apporter de la vraisemblance à ses écrits, d'où mon idée qu'il veut avant tout nous faire prendre conscience de l'extrême violence à laquelle sont capables de se livrer certains... Les études de criminologie qu'il a faites avant de se lancer dans l'écriture ont peut-être également contribué à cette vision des choses.
   
    Ce que j'aime aussi  énormément dans ses livres est qu'une préface, ou un "avant-propos" est toujours là pour nous accueillir - comme c'est le cas chez Stephen King, justement!- et donne vraiment l'illusion d'un dialogue avec l'auteur. Dans le Sang du temps, que j'ai particulièrement apprécié pour ses parties dans l'Égypte des années 30, Chattam nous donne une petite liste d'écoutes pour accompagner la lecture, ce qui peut renforcer cette impression de proximité. J'applaudis d'ailleurs le suspense qui est maintenu au-delà de l'histoire, puisque l'auteur nous donne à la fin une énigme à résoudre dont la réponse n'est même plus sur son site.
  
      Bref, c'est un très bon auteur, même pour moi qui n'ai pourtant pas, ou plus, l'habitude du thriller : dans ce sens, il plaira certainement mêmes aux refroidis des thrillers ou romans policiers, car sa manière de mener les enquêtes reste assez inhabituelle et innovante. Je n'ai jamais eu l'impression de lire des enquêtes policières classiques, tant sa façon de nous relater les chasses aux meurtriers de ses personnages sont racontées de manière surprenante et peu classique. Plus précisément, ces récits ne suivent pas toujours le modèle usé jusqu'à la corde du "meurtre-apparition des policiers-description de la scène-enquête-résolution de l'affaire". 


     Vous pouvez consulter ici le blog de l'auteur.

Le Petit Musée des Horreurs



    Nous y voilà : cette anthologie est celle dont le titre a inspiré celui de mon blog (anciennement "Lectures Vespérales : la petite bibliothèque des horreurs"). Si j'ai fait ce choix,  c'est parce que, comme vous allez l'apprendre plus en détails dans cet article, ce recueil, autant par les récits qu'il contient que par l'atmosphère qu'il crée, se rapproche le plus de mes goûts littéraires et de ce que j'aime retrouver dans mes lectures.

    Le recueil est une forme que j'apprécie tout particulièrement, surtout quand il est organisé autour d'un thème. Là, Nathalie Prince nous fait connaître, après une introduction savamment rédigée pour nous mettre dans l'ambiance, des nouvelles écrites entre 1880 et 1900. Oui, vous avez compris, on est dans l'atmosphère de perversion de la littérature décadente, que la collection Bouquins avait déjà explorée avec une anthologie de Barbey d'Aurevilly. Si les auteurs choisis sont tous français, c'est par pur sens pratique car les auteurs de cette période sont trop nombreux pour être tous abordés! Vous retrouverez donc, entre autres, Maupassant, Richepin, Rémy de Gourmont, Jean Lorrain, Maurice Renard, Jules Verne, Henri de Régnier, Catulle Mendès...
    L'introduction est très précise et bien documentée, et contient de nombreuses citations et références littéraires qui sont tout autant d'idées de lecture. Nathalie Prince met l'accent sur l'aspect "charnière" de la période fin-de-siècle, dans laquelle on ne croit plus au merveilleux extérieur, mais où l'on  s'intéresse à ce qui se trouve en soi. En effet, les auteurs fouillent l'intérieur de l'être humain en focalisant leur curiosité ce qu'il peut avoir de plus horrible, entre les désirs enfouis et les peurs les plus diverses. L'attrait tout nouveau pour la science est également présent, et les découvertes récentes en biologie servent les auteurs qui illustrent la mort par des connaissances précises. Un autre changement apparaît donc : on ne se contente plus d'évoquer la mort, mais on s'attarde sur des détails de plus en plus fréquents considérés comme inimaginables jusqu'à cette époque très particulière. La mort n'est plus seulement décrite d'un point de vue psychologique, elle devient physique.
   
    Ce splendide musée est organisé en quatre parties, elles-mêmes divisées en chapitres : "Fantômes, Spectres et Charognes", " Délires, névroses et folies douces", "Amours et désamours fantastiques", "Trois mythes fantastiques: Narcisse, Pygmalion, Don Juan". Je crois que la dernière a été celle que j'ai le moins aimé, même si les auteurs ont magnifiquement revisité ces mythe bien connus. J'ai aimé le fait que la première partie nous plonge dans le recueil avec des thèmes classiques : on s'immerge dans un autre monde par l'intermédiaire de thèmes familiers. C'est la partie "Délires, névroses et folies douces" qui montre le plus l'introspection chère aux romantiques qui imprègne de plus en plus le fantastique à la fin du XIXè. Les démons ne sont plus face aux personnages, mais en eux. Il devient alors bien plus difficile de combattre un mal intérieur qu'un simple monstre qui ne fait pas partie de soi...

   Chaque chapitre commence par une curiosité : un article scientifique ou un article de journal en relation avec les nouvelles suivantes, qui permet de mieux les apprécier tout en rendant certains éléments plus réalistes. En effet, ces curiosités attestent non seulement de l'attrait pour la science de la société du dix-neuvième siècle, mais sont également là dans le but de rendre certains aspects surnaturels du roman plus réalistes, dans la mesure où la science de l'époque, basée sur les connaissances... de l'époque, s'intéressait à des faits pouvant paraître totalement surréalistes au lecteur contemporain : la mort physique est-elle une véritable fin? N'existe-il vraiment rien après? Un corps irrémédiablement endommagé peut-il encore abriter la vie?
   
  Au final, ces nouvelles ne traitent pas uniquement du fantastique dans son aspect merveilleux, peuplé de créatures incroyables et de fantômes, mais bien des recoins les plus sombres et les moins avouables de la nature humaine. Les fantômes et les revenants, avant d'être ceux qui hantent le monde "réel", sont d'abord ceux qui tourmentent les personnages principaux. Le meilleur est que l'ensemble de ces nouvelles, malgré leur thème macabre, n'est pas totalement dénué de poésie, tant dans le style d'écriture soigné du dix-neuvième siècle, que dans la manière de traiter des sentiments qu'inspirent le (ou les!) élément(s) surnaturel(s) du récit à ses personnages principaux. Je le recommande aux admirateurs de Baudelaire, Poe, Aurevilly, Huymans, Gautier, Jean Richepin ou Maupassant. Si je vous parle de Jean Rchepin et de Maupassant, c'est parce que la plupart de ces nouvelles ont une certaine tonalité ironique, qui se remarque le plus dans des nouvelles aux chutes cruelles et pleines d'humour noir.

    Voici un extrait d'une de mes nouvelles favorites, le Rendez-vous, de Maurice Renard, histoire de vous montrer un aperçu de la tonalité générale du recueil :

« Et tout à coup, monsieur, mes dents se mirent à claquer, et mes ossements commencèrent à danser la danse des Morts... J'étais devant ma porte ouverte, sans pouvoir y passer... J'écoutais monter le masque... le masque de l'avenue Rachel... Je l'entendais chanceler contre les murs, dans la pénombre... Une exhalaison de morgue le précédait !...
Il surgit, accroché à la rampe.... Ce n'était pas un burnous... une toge non plus... Il écarta le suaire qui l'enveloppait ; ce que j'aperçus, aux lueurs du couchant, ne pourrait se traduire. Ce n'était ni masculin, ni féminin, ce n'était pas ivre : c'était un être de limon qui s'approchait de moi... un monstre obscur et vaseux qui me touche...
Il m'étreignit de sa rigidité froide et gluante... Et voici qu'un râle essaya de parler :
Viens ! viens vite ! nos heures sont écourtées ; j'ai eu tant de peine à sortir... Je
suis en retard... Viens, mon amour !... Oh ! je souffre le martyre... Mais je t'aime encore plus que je n'ai mal... Viens !
Je me laissais faire, abêti, sans comprendre ; et feu ma maîtresse m'entraîna vers la chambre. »

13 juin 2013

Sire Cédric, Déchirures


    Je n'ai qu'une seule production de cet auteur, mais son écriture m'a séduite dès les premières lignes. J'ai eu un véritable coup de foudre pour ce recueil qui mêle poésie, violence et romantisme. Au fil des pages apparaissent une flopée de personnages ambigus et fascinants, que l'on retrouve, pour certains, dans plusieurs nouvelles.
    Vous n'aurez sans doute aucun mal à vous plonger dans l'univers sombre et magnifique de cet auteur. La première nouvelle donne le ton en reprenant le thème du double maléfique si cher au fantastique. Malgré ses inspirations puisées dans le fantastique des origines, Sire Cédric n'en oublie pas le présent et sait ressusciter les spectres victoriens dans nos quartiers modernes....
    Il a commencé l'écriture très jeune en s'inspirant des grands maîtres habituels : Stephen King, Edgar Poe, Clive Barker, Charles Baudelaire... Pour la petite anecdote, il est aussi le chanteur du groupe Angleizer. On retrouve d'ailleurs l'univers métal dans le recueil que je vous ai présenté.
    Est-ce que vous connaissiez déjà cet auteur ou aviez déjà lu un de ses romans?

Vampires


    Encore un très bon livre sur les vampires : Le livre des vampires, par Manuela Dunn Mascetti. Celui-ci revient sur les origines du mythe en faisant des liens très intéressants entre les données historiques (l'histoire du voïvode Dracula) et le folklore (notamment l'anecdote concernant un paysan hongrois du XVIIIè que l'on aurait retrouvé intact dans sa tombe trois mois après son enterrement...)
   Le très bon point de ce livre est qu'il est illustré, entre autres, par des photos de Simon Marsden, en particulier celles des catégories "death" et "gothic graveyards". Ce documentaire est assez bref mais complet, ce qui peut constituer une très bonne porte d'entrée dans l'univers de nos amis aux canines un peu longues. Ici, l'auteur insiste sur le côté universel du mythe du revenant et nous fait découvrir de très nombreuses variations sur le thème du vampire, tout en nous permettant de voyager tout autour du globe...
   L'auteur a écrit un autre documentaire du même type : "Au-delà de Twilight..." Je trouve le titre admirablement bien choisi sachant que cette série de romans ne fait qu'à peine toucher du doigt ce qui fait le mythe du vampire en incluant quelques petites notions de romantisme à l'intention des adolescents. J'ai trouvé que l'univers fantastique manquait un peu de profondeur et ai plus lu la série comme une ado lisant des romans ayant pour thème principal une histoire entre ados que comme une amoureuse du fantastique. Je n'ai pas lu ce second livre de Mascetti mais il mérite sûrement un peu d'attention. 

11 juin 2013

Ramsey Campbell, Soleil de Minuit




    Cet auteur figure lui aussi dans la bibliographie de l'Atlas des brumes et des ombres, avec le roman Images anciennes. Le problème est que je n'ai pas trouvé ce titre et me suis donc contentée de Soleil de minuit. Je ne l'ai pas regretté car j'ai adoré son atmosphère.

    Vous connaissez le fameux soleil de minuit, qui est en fait le jour polaire, la période autour du solstice d'été pendant laquelle le soleil ne se couche pas. Ici, c'est également un conte du grand froid présent dans un recueil interdit qui a hanté l'enfance du héros. Devenu adulte, il se souvient d'un phénomène étrange auquel il a assisté dans le cimetière où sont enterrés ses parents. Installé avec sa famille à Stargrave (littéralement : la tombe de l'étoile), un village mystérieux assez retiré, il se sent très attiré par la forêt qui borde sa maison...
   
     La forêt est un des cadres classiques du fantastique et est très efficace dans ce roman : dès que j'ai entendu parler d'une forêt, outre que je connaissais le genre dans lequel s'inscrit le roman, j'ai su qu'il allait se passer quelque chose de louche. Elle est effectivement un des thèmes centraux du récit, avec le froid persistant, malsain et surnaturel qui s'installe à Stargrave...
   Je ne veux pas que vous vous attendiez à être saisi de frayeur en lisant "Soleil de minuit" parce qu'honnêtement, ce ne sera pas le cas. Mais au-delà des mensonges de la quatrième de couverture, qui nous promet frissons et autres manifestations physiques classiques de la frayeur, c'est un roman agréable à lire et très prenant. Le rythme du récit est assez lent, ce qui laisse une grande place au suspense quant bien même les rebondissements ne nous attendent pas à chaque page. Je tiens également à mentionner la présence de la légende du soleil de minuit, bien que je ne sache pas si elle a été inventée par l'auteur ou si elle existe vraiment, autour de laquelle le fantastique se construit dans ce roman. Le passage où cette légende est racontée est peut-être le seul moment un peu effrayant du récit, mais elle permet de mieux s'immerger dans l'univers du roman et de comprendre comment s'est construit l'imaginaire du personnage principal... et comment cet imaginaire finit par rejoindre la réalité.

    Pour finir, Soleil de minuit n'est peut-être pas un des romans que je qualifierais d'absolument indispensable à une bibliothèque, mais il gagne à être lu au moins une fois!

Marcel Aymé : le Passe - Muraille

 


   Voici un recueil présent dans la bibliographie de l'Atlas des brumes et des ombres, dont je vous ai parlé ici. Je l'ai trouvé excellent, en tant que recueil de nouvelles fantastiques d'abord, mais aussi pour ses sous-entendus. Marcel Aymé a écrit ces textes sous l'Occupation, et cet événement dramatique est présent dans chacune des pages. J'ai adoré le ton irrévérencieux de l'auteur et son pied-de-nez aux ... hum... occupants.

    La première des nouvelles du recueil est très connue et a d'ailleurs été adaptée au cinéma avec Bourvil : il s'agit du Passe-muraille.
    
  "Il y avait à Montmartre, au troisième étage du 75 bis de la rue d'Orchampt, un excellent homme nommé Dutilleul qui possédait le don singulier de passer à travers les murs sans en être incommodé..."

    Je suppose qu'il est inutile de vous détailler cette histoire! Le passe-muraille en question se sert tout d'abord de son don pour effrayer un patron peu commode, puis s'amuse ensuite à cambrioler des banques, des bijouteries, puis à s'évader des prisons dans lesquelles on tente désespérément de l'enfermer. Cette nouvelle a un ton plutôt léger, tout comme "les Sabines", un récit à propos d'une femme ayant le don d'ubiquité, mais je vous recommande de vous méfier de quelques nouvelles au ton apparemment "badin", qui cachent en réalité une signification plus profonde, comme c'est le cas des Sabines.

    La plupart des autres nouvelles ont une tonalité plus dramatique car elles sont plus ouvertement reliées au terrible contexte dans lequel elles ont été écrites. Je citerai par exemple la Carte du temps, dans laquelle le gouvernement s'arroge le droit de décider du temps de vie des citoyens en leur fournissant une carte qui détermine le nombre de jours dans le mois durant lesquels ils pourront vivre, en fonction de leur salaire. Je pense que c'est là une référence directe aux événements des années 40, d'autant plus que les plus riches achètent sans scrupules les cartes des pauvres...
  Je détaille aussi la toute dernière nouvelle qui, elle, n'a malheureusement rien à voir avec l'univers fantastique : treize personnes font la queue devant une épicerie (sachant qu'il y a pénurie alimentaire) et se confient leurs malheurs.

    De manière générale, le Passe-Muraille est un très beau recueil que je vous encourage à lire, ne serait-ce que pour la critique que fait Marcel Aymé de ses contemporains, et pas seulement par rapport à l'Occupation, même s'il semble critiquer férocement la collaboration. Le fantastique a certainement servi, du moins en partie, à éviter la censure en faisant passer les événements des récits pour n'ayant strictement rien à voir avec la réalité, mais ce recueil n'en reste pas moins un bijou du genre, que je vous conseille absolument.


                                                                     La statue Le Passe-Muraille, dans le quartier Montmartre.

Jean Marigny




    Encore un pour la route... Jean Marigny avait déjà choisi les textes et écrit la préface de "Dracula et les siens", une anthologie que je vous ai présentée.
    Cette fois-ci, il nous présente un ouvrage théorique sur les vampires. Au sommaire, les origines du mythe bien sûr, mais aussi de nombreux exemples d'adaptation dans la littérature et au cinéma. Jusque-là, rien de bien nouveau, mais Jean Marigny a également étudié quelques uns des impacts du personnage du vampire, pas seulement artistiques puisqu'on sait déjà qu'ils ont été considérables, mais aussi dans la société, étant donné que ce genre de créatures n'étaient pas tout à fait considérées comme "politiquement correctes" au XIXè. Il nous révèle entre autres que Dracula a servi de bouc émissaire dans quelques cultures (par exemple, il symbolisait le communiste pour les américains des années 60). Une chose est sûre, le comte a dès son apparition endossé le rôle du mal...
   
    Cet ouvrage est assez bref mais très complet, et se tourne vers un aspect très important du vampire : pour Jean Marigny, le vampire n'est pas uniquement un mythe dans la littérature mais également dans la société occidentale. Je parle ici du personnage de Dracula et de tous ceux qui lui sont très proches, mais le vampire est une sorte de légende répandue à travers le monde sous différentes formes, et ce au moins depuis l'Antiquité. En ceci, le vampire est en réalité au moins aussi populaire que le fantôme mais Marigny s'est surtout intéressé au vampire que l'on connaît actuellement, sorti du même moule que Lord Ruthven. Personnellement, ce n'est pas pour me déplaire, mais si vous êtes en quête d'un peu de nouveauté, rassurez-vous, il existe bien d'autres variations sur le thème du vampire, comme dans le Salem de Stephen King par exemple. Pour consolation, vous trouverez dans ce livre une superbe liste des films ayant été inspirés par les vampires, parmi lesquels figurent des classiques tels que ceux de Terence Fisher ou celui de Werner Herzog.
   
   Je vous avoue m'être demandé pourquoi avoir intitulé ce livre Le réveil des vampires : j'ai d'abord soupçonné Jean Marigny d'avoir voulu ajouter un titre un peu effrayant pour mieux captiver le public, avant de me demander si, au début des années 90 (le livre a été publié en 1993), on n'aurait pas assisté à une recrudescence de l'intérêt porté au fantastique, semblable à celle que l'on connaît aujourd'hui, mais peut-être plus "cultivée" et moins tournée vers le public adolescent (je veux dire, vers la plus mauvaise partie du public adolescent). Si vous avez des réponses à cela, n'hésitez pas.

Robin Hobb




     Je ne suis absolument pas une experte en fantasy, et mes connaissances se limitent à quelques auteurs. Mais je suis tombée amoureuse de Robin Hobb (de son vrai nom Margaret Lindholm) dès que j'ai commencé sa série l'Assassin royal. 



     L'univers de cette écrivaine est très riche et surprenant, et m'a totalement conquise. On se plonge dans l'histoire d'un bâtard Royal, Fitz, recueilli par son grand-père (le roi en personne) et éduqué par le maître des écuries, Burrich. Très rapidement, Fitz va être formé au métier d'assassin pour servir son roi avec la plus grande discrétion... La magie fait évidemment partie de ce monde, et se manifeste sous deux formes : l'Art, une magie dangereuse et fascinante essentiellement employée par les membres directs ou éloignés de la famille royale, et le Vif, une magie considérée comme sournoise et répugnante, qui permet de communiquer avec les animaux, de partager leurs pensées et perceptions physiques, etc. L'Art et le Vif sont comme des doubles complémentaires : si l'Art est "légitime" et respecté malgré son caractère dangereux, le Vif est considéré comme une magie dépravée et force les individus qui en sont porteurs à cacher leur pouvoir sous peine d'être exclus de la société. L'Assassin Royal est un cycle d'au moins treize volumes, mais je vous assure qu'ils se lisent très vite. On ne s'ennuie pas une seule seconde avec des personnages tous très profonds et une histoire complexe qui s'enrichit de page en page. L'émotion est également très présente et je trouve que Robin Hobb a une compréhension très fine de la psychologie humaine, que j'ai retrouvée dans tous ses romans.


    Les Aventuriers de la mer est une série parallèle à l'Assassin Royal : on retrouve ce même univers mais on s'éloigne des Six-Duchés pour se rapprocher du Désert des Pluies et des mystérieux marchands de Terrilville. Les dragons ont une place plus importante et une grande partie de l'histoire et de l'origine des anciens nous est révélée ; c'est pourquoi je vous recommande de commencer par l'Assassin Royal, histoire de "prolonger le suspense". Les vivenefs, des bateau qui s'éveillent lorsque trois générations de capitaines sont morts sur le pont, font en quelque sorte partie des personnages principaux. Vous retrouverez aussi des pirates à côté de qui Jack Sparrow ressemble bien à... une création de Walt Disney.
    

    J'ai également lu (et adoré) la série du Soldat chamane, dans laquelle j'ai retrouvé ce fameux thème de la dualité qui m'est très cher. Le héros principal est dès le départ à la frontière entre deux cultures, dont une constituée de créatures magiques, et bascule sans cesse de l'univers réel à un univers onirique, quoique la question de savoir lequel des deux univers est le réel et lequel est l'imaginaire ne trouve parfois pas de réponse. Je ne peux pas vraiment vous en dire plus, mais je trouve que ce cycle, outre une série de romans géniaux, est aussi un beau discours sur la tolérance.


    Edit : Une nouvelle série de Robin Hobb, assez récente et parallèle aux Aventuriers de la mer et à l'Assassin royal, m'est tombée entre les les mains : il s'agit du cycle Les cités des Anciens. Elle est un peu plus proche des Aventuriers de la mer dans la mesure où l'on retrouve des personnages communs aux deux cycles, mais les énigmes posées à propos des Anciens dans l'Assassin Royal trouvent également quelques réponses. On suit dans cette série le parcours de dragons de la dernière génération, qui malheureusement n'ont pas la prestance de leurs ancêtres, dont ils conservent les souvenirs. Il est donc d'autant plus insupportable pour eux de subir les moqueries et reproches des humains qu'ils savent que leur espèce leur est (a été) très supérieure. Les jeunes "marqués" du désert des Pluies accompagnent les dragons dans leur quête de la cité perdue de Kelsingra, dont le dragons rêvent depuis leur éclosion ; font aussi partie du voyage Alise, dont le mari Hest a accepté de la laisser poursuivre ses recherches sur les dragons, et son meilleur ami Sédric. Au final, le capitaine Brashen Trell (du cycle Les aventuriers de la mer) accompagne cette équipe assez surprenante le long du fleuve des Pluies, à bord de la dangereuse vivenef  Parangon...
    
    Cette série est fantastique, même si le talent de Robin Hobb pour l'écriture est moins flagrant que dans les précédentes. Je ne saurais pas vous donner d'exemple concret, mais il m'a semblé que le style était moins élaboré que d'habitude. Pour rester sur une note positive, je supplie les fans de Robin Hobb de lire ce cycle tout récent si vous en l'avez pas encore fait, dans lequel le mystère des Anciens s'épaissit malgré les quelques réponses apportées aux humains, dragons et... lecteurs!

    Je viens également d'apprendre que le cycle l'Assassin royal avait été adapté en bande dessinée. Si quelqu'un a plus d'informations à donner voire un avis, je serais curieuse de l'entendre. 

   Voilà pour Robin Hobb! Est-ce que vous connaissez cette auteure ou lisez souvent de la fantasy?

Jack l'Eventreur, affaire classée?




    Je continue sur le thème Jack l'Éventreur avec ce documentaire de Patricia Cornwell. Pour ceux qui ne la connaissent pas, c'est une romancière qui a été médecin légiste. On peut donc supposer qu'elle connait bien le milieu et que ses romans sont étayés par de solides connaissances.

    Elle a décidé avec ce livre de nous proposer son hypothèse quant à l'identité de Jack l'Éventreur, mais j'ai trouvé quelques petites failles dans son argumentation, même si de manière générale elle se tient assez bien. Par exemple, elle suppose que Walter Sickert, un des premiers peintres impressionnistes, ne pouvait qu'être le meurtrier "puisqu'il n'y a aucune raison pour qu'il n'ait pas été présent à Londres ce jour-là" (le jour du premier crime). Je suis désolée mais ça me paraît un peu léger, d'autant plus que presque toutes ses suppositions partent de ce point! Elle fait aussi des suppositions sur la personnalité du peintre et, même si je veux bien admettre qu'elle a certainement travaillé avec des profileurs très compétents, je trouve qu'elle va beaucoup trop loin.

    Un de ses autres arguments est que Sickert a peint des représentations de scènes de crimes qui, selon Patricia Cornwell, n'ont pu être réalisées que par une personne présente sur les lieux du crime. Mais voilà, Sickert était quelqu'un de très influent et il a peut-être eu accès à des documents de la police - bon, d'accord, ce n'est qu'une supposition très vague aussi. Sickert a également peint "jack the ripper's bedroom" (voir ci-dessous), parce que, fasciné par le personnage de l'Éventreur, il se serait empressé d'habiter dans l'appartement qu'il aurait occupé. L'auteur part de là pour dire que si Sickert a habité l'appartement de l'Éventreur, c'est qu'il était l'assassin en personne. Le tableau en question est en effet très sombre, mais on peut aimer ce genre d'esthétique sans être pour autant quelqu'un de malsain, voire un meurtrier. Là, je ne sais pas trop quoi en penser, mais il ne me semble pas curieux pour un artiste aussi "sombre" que Sickert de se livrer à ce genre d'excentricités.  On pourrait même peut-être comparer ça au groupe Marilyn Manson qui a enregistré son deuxième album dans la maison de la "family", un collectif de criminels très violents dirigé par le meurtrier Manson, qui n'étaient pas pour autant des membres de cette organisation.
   Bon, il est vrai que comme que comme l'a souligné Cornwell, Walter Sickert a réalisé des tableaux très troublants qui laisseraient supposer qu'il entretenait une haine particulière à l'encontre des femmes, ce qui constituait un des arguments de l'auteur, entre autre des peintures à la limite du  "gore"... mais il existe des artistes dont les œuvres sont pleines de violence sans que cela ne prouve qu'ils sont des assassins.

   Bref, j'apprécie la démarche de Patricia Cornwell, mais je me demande si elle avait vraiment des preuves concrètes pour étayer son documentaire ou si elle a simplement vu là une occasion de publier un livre qui ferait polémique. J'avoue que c'est réussi en ce qui me concerne. Si vous avez vous aussi eu ce livre entre les mains, je vous invite à en discuter - vous aurez peut-être repéré des détails qui m'ont échappé et rendent ce livre plus crédible...


Ci-dessus : Walter Sickert, Jack the ripper's bedroom

9 juin 2013

Sherlock Holmes contre Jack l'Eventreur

  


   Une histoire inédite de Sherlock Holmes dans laquelle notre détective victorien favori se lance sur la piste d'un des plus mystérieux meurtriers.
    J'ai évidemment adoré le cadre et je pense que l'auteur a su recréer habilement les personnages de Holmes et du Docteur Watson (qui d'ailleurs n'existe pas dans l'univers de Conan Doyle! J'ai appris ça récemment, à une projection de "la Vie privée de Sherlock Holmes" de Billy Wilder). L'enquête n'est pas seulement une poursuite du meurtrier mais aussi une plongée très réaliste dans l'univers victorien et une dénonciation de la réalité sociale de cette époque.

     Et oui, au XIXè, le peuple, et en particulier les bourgeois, étaient persuadés que les prostituées exerçaient ce métier par goût... Ils les considéraient très mal et n'ont donc pas mobilisé tous leurs efforts pour retrouver leur meurtrier. Je pense que leur attitude face à ces crimes était déplorable et qu'ils étaient surtout en quête de sensationnel. Ils suivaient avidement dans les journaux une histoire qui se passait dans un quartier peu éloigné du centre et se comportaient comme s'il était normal que des crimes atroces se produisent dans un quartier aussi "mal fréquenté" que Whitechapel. Ce n'est pas du tout la vision que nous donne Bob Garcia à travers ses personnages, et on rencontre un Sherlock moins coincé et beaucoup plus ouvert que ses contemporains, et touché par la misère et les terribles conditions de vie qui régnaient à Whitechapel.

    Je sais que l'identité de Jack l'Éventreur nous est inconnue, mais ici l'auteur propose une hypothèse qui me paraît intéressante. Bref, nous pouvons en parler si vous avez lu le roman.

Théophile Gautier

  


  Je sais, vous connaissez déjà Théophile Gautier. Mais j'ai eu un vrai coup de cœur pour sa nouvelle la Morte amoureuse, présente dans le recueil Nouvelles fantastiques, qui fait pour moi partie des essentiels d'une bibliothèque.

   Dans la Morte Amoureuse, un jeune croyant, Romuald, s'apprête à rentrer dans les ordres. Le problème est que le jour de son ordination, quelques minutes seulement avant qu'il ne prononce ses vœux, apparaît la sublime Clarimonde, une succube. Notre pauvre Romuald est évidemment sous le charme et sa volonté de consacrer sa vie à la religion s'en retrouve bien évidemment ébranlée. Dès cette scène, on voit déjà apparaître le trouble de Romuald, qui sera présent tout au long de l'histoire ; on voit également apparaître une ambiguïté en lui, qui se retrouve partagé entre sa fascination pour Clarimonde et sa foi.
  
   Le narrateur est Romuald lui-même, qui raconte son histoire à un jeune prêtre, en le prévenant des "dangers" de l'amour.  En effet, durant tout sa vie, il reste hanté par Clarimonde et est prisonnier d'une sorte de vie onirique : il est prêtre le jour et compagnon de Clarimonde la nuit, qu'il passe avec elle dans son château... D'ailleurs, et c'est une chose bien connue chez Théophile Gautier, on ne sait pas si Romuald ne fait que rêver sa vie avec Clarimonde ou si elle a bien été réelle, et je pense que Romuald lui-même ne le saura jamais. Si je vous parle d'une habitude de Théophile Gautier, c'est parce que dans la plupart de ses nouvelles, en particulier celles qui composent le recueil Nouvelles fantastiques, l’ambiguïté est très présente et donne une dimension très particulière à chacun des récits dans lesquels elle apparaît ; un des principaux intérêts de l'histoire est que l'on se demande, soit à partir de la fin du récit, soi dès le quasi-début, comme dans la Morte amoureuse, quelle interprétation du récit doit-on faire. Rêve? Réalité? Hallucination? Surnaturel? Le genre fantastique se définit en majeure partie par la présence de ces interrogations dans l'esprit du lecteur... Dans ce cas, Gautier est doublement un grand maître du fantastique : non seulement le lecteur se demande où finit la réalité et où commence le rêve, et si les événements étranges sont le fait d'hallucinations ou d'une intrusion (parfois bienvenue) du surnaturel dans la réalité, mais les personnages principaux se posent aussi ces questions. Un récit fantastique est d'autant plus réussi que le lecteur est incapable de trancher entre deux explications : la rationnelle et l'irrationnelle.
 
  Vous l'aurez compris, cette ambiguïté constante est exactement ce qui m'a le plus captivée dans ce recueil. J''ai vraiment adoré la façon dont Gautier en joue tout au long, puisque qu'on ne sait pas toujours si on a bien affaire à du fantastique ou à une rêverie causée par l'abus d'opium. (ne vous effrayez surtout pas, les opiacées étaient plutôt répandues au dix-neuvième siècle, chez les romanciers et poètes comme chez leurs personnages...)
    Je vous livre la même conclusion rapide que d'habitude : lisez ce bijou!

   J'ai choisi cette couverture pour accompagner l'article pour l'illustration : "le Cauchemar" par Füssli !

3 juin 2013

L'immortel



Ce roman est la suite du Dracula de Bram Stoker par Ian Holt, un biographe de l'auteur, et Dacre Stoker, son arrière-petit-neveu. Apparemment, cette suite était prévue par l'auteur, mais je n'ai pas exploré cette piste : je sais simplement que le roman a été élaboré en grande partie d'après les notes de Stoker lui-même.

On retrouve Jonathan Harker et Van Helsing, tentant de se remettre de leur rencontre avec le terrible comte tandis que Mina est toujours sous son charme. L'image érotique du vampire est très présente dans ce roman, et se manifeste également à travers le personnage de la splendide et dangereuse Erzébet Bathory, la cousine (historique) de Dracula. Elle fait partie des personnages principaux et devient la nouvelle ennemie et cible de Harker et van Helsing, tout en pourchassant Mina. Il faut ajouter à cela la présence d'un personnage surprise...

J'ai sauté sur ce bouquin à la bibliothèque, puisque je ne pouvais de toute façon pas passer à côté d'une suite de Dracula. Je l'ai trouvé très bon comme roman : l'histoire tient debout, les personnages ne sont pas du genre creux et sans relief - surtout Mina, qui est géniale en amoureuse transie d'une créature démoniaque. Mais voilà, j'ai été très surprise par les idées que défendent les auteurs, sans savoir si elles étaient les leurs ou celles de Bram Stoker. En effet, ils rejoignent la réalité historique et Dracula est vraiment dépeint comme le comte qu'on eu à subir les roumains ; mais surtout, ils justifient presque ce qu'il a fait subir aux Ottomans, ce que je trouve totalement inacceptable. J'espère que j'ai simplement mal interprété le roman et mal "lu entre les lignes" : vous pouvez me préciser tout cela si vous avez lu ce roman ou avez l'intention de le faire. 

Cela mis à part, je vous conseille tout de même ce récit, qui vaut vraiment la peine si vous avez aimé vous plonger dans l'univers du Dracula de Stoker. La suite est très fidèle au roman original, et les personnages principaux dans l'esprit de ceux de Stoker, tout en ayant évolué et mûri. En effet, ils ne sont évidemment plus les mêmes après avoir été confrontés à Dracula et avoir perdu Lucy dans leur guerre contre le comte. On retrouve donc des personnages plus profonds, plus matures, mais surtout plus armés que jamais contre leurs ennemis, pendant que leurs relations avec eux se complexifient. En outre, le scénario lui-même réserve de très bonnes surprises...